Bassin du Mono au Bénin : des balises communautaires pour anticiper les inondations et sauver des vies

Chaque année, dans le sud-ouest du Bénin, le fleuve Mono sort de son lit, submerge les champs, contamine les puits et isole des villages entiers. Pour les habitants des communes de Lokossa, Athiémé et Grand-Popo, les inondations ne sont pas une menace abstraite, mais un fléau dévastateur et récurrent. Face à l’absence de système d’alerte fiable, les populations étaient souvent surprises par la montée des eaux. Depuis décembre 2023, l’ONG CREDEL a changé la donne en mettant en place un Système d’Alerte Précoce Communautaire (SAP-C) dans 35 villages.

Financé par le programme AGIR-Eau de la GIZ, le projet a démarré par une phase d’écoute essentielle. Des ateliers de cartographie participative ont mobilisé 1056 habitants 580 hommes et 476 femmes pour identifier précisément les zones inondables. Ensemble, ils ont partagé les signes avant-coureurs des crues issus de leurs savoirs ancestraux : le vol en colonie de certains oiseaux, le cri spécifique des crapauds, la montée des escargots sur les troncs d’arbres ou la sortie des fourmis magnans. Ces indicateurs naturels, d’une précision remarquable, ont constitué le socle de la stratégie d’alerte.

Sur cette base, 50 balises d’alerte hautes de 2,20 mètres ont été implantées aux points stratégiques d’entrée de l’eau. Leur code couleur, universel et accessible à tous, y compris aux personnes non lettrées, indique le niveau de danger : vert pour la vigilance, jaune lorsque l’eau approche, orange quand elle est présente et que les activités doivent être restreintes, et rouge pour l’alerte maximale signalant la nécessité d’une évacuation immédiate.

Cependant, l’infrastructure seule ne suffit pas. C’est pourquoi 878 personnes ont été formées à la lecture des balises, aux gestes de sécurité à adopter à chaque niveau d’alerte, et aux règles d’hygiène pour prévenir les maladies hydriques comme la diarrhée, le paludisme et les infections cutanées, qui touchent particulièrement les enfants en période de crue.

Le projet a également permis d’installer des plateformes communautaires d’alerte dans chaque village. Composés de dix membres actifs, ces comités locaux inversent la logique de communication : ce sont désormais les communautés, premières exposées, qui déclenchent l’alerte et la transmettent aux autorités communales, puis à l’Agence Nationale de la Protection Civile (ANPC) et à la Direction Générale de l’Eau. Ce mécanisme ascendant garantit une réactivité maximale.

Pour amplifier la portée de ces actions, des affiches murales, des spots multimédias et des émissions sur Radio Mono FM et Radio Voix de Lokossa ont sensibilisé un public bien au-delà des seuls bénéficiaires directs.

Lors des ateliers de restitution, l’adhésion des autorités locales a été unanime. Tout en exprimant leur profonde gratitude envers CREDEL ONG et la GIZ, les représentants des maires de Lokossa et d’Athiémé ont formulé une demande pressante : étendre le dispositif aux nombreux villages encore non couverts. À Athiémé seule, 80 % des 61 localités sont régulièrement frappées, mais le projet n’a pu en couvrir que 15, faute de moyens. CREDEL ONG s’est engagée à porter ces doléances dans son rapport final. Une évaluation des impacts socioéconomiques est prévue dans deux ans pour mesurer les changements concrets apportés sur le terrain. Au-delà des balises, c’est une véritable culture de la prévention qui prend racine dans le bassin du Mono.

👉 35 villages couverts 50 balises installées 878 personnes formées.

Un projet mené par CREDEL ONG avec l’appui du programme AGIR-Eau de la GIZ.

Pour obtenir le rapport complet, veuillez contacter : credelong@gmail.com

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Rédaction de l’article et prise de photo/ SOULEMANE MORA Djinindi / Chargé de Communication / CREDEL ONG

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